Autriche 2008-2009  

Reinhold  Gaertner 
Mise en ligne : septembre 2009

Disparition de Jörg Haider et élections législatives et régionales

Trois événements ont marqué le paysage politique autrichien en 2008 : les élections législatives du 28 septembre 2008 ; la mort accidentelle de Jörg Haider, le 11 octobre, à l’âge de 58 ans ; et la constitution d’un nouveau gouvernement le 2 décembre. S’y sont ajoutées des élections régionales dans les Länder du Tyrol, de Carinthie et de Salzbourg.

Les élections législatives n’étaient pas prévues. C’est Wilhelm Molterer (Parti populaire d’Autriche, ÖVP, conservateur), alors vice-chancelier et ministre des Finances, qui, en juillet 2008, avait mis fin à la coalition gouvernementale avec le Parti social-démocrate (SPÖ), en place depuis janvier 2007. À l’origine de la rupture, une lettre ouverte du chancelier social-démocrate Alfred Gusenbauer et du président du SPÖ Werner Faymann au grand quotidien populiste Kronen Zeitung, promettant de faire voter les Autrichiens sur tout élargissement à venir de l’Union européenne (UE).

Lors du scrutin législatif du 28 septembre, les partis populistes de droite gagnèrent beaucoup de voix : le Parti libéral d’Autriche (FPÖ, populiste et nationaliste) obtint 17,5 % (+6,5 %) et sa scission, l’Alliance pour l’avenir d’Autriche de Jörg Haider (BZÖ), 10,7 % (+6,6 %). En revanche, les trois autres partis représentés au Conseil national enregistrèrent des reculs : le SPÖ avec 29,3 % (-6 %), l’ÖVP 26 % (-8,3 %) et, à un moindre degré, les Verts 10,4 % (-0,6 %). Le SPÖ obtenait ainsi 57 sièges (-11), l’ÖVP 51 sièges (-15), le FPÖ 34 (+13), le BZÖ 21 (+14) et les Verts 20 (-1).

Ces résultats ne permettaient qu’une seule issue : la reconduction de la coalition SPÖ-ÖVP. Un nouveau gouvernement de ce type vit donc le jour le 2 décembre 2008, avec Werner Faymann comme chancelier fédéral et Josef Pröll (ÖVP) comme vice-chancelier et ministre des Finances. L’ÖVP s’assurait en outre le ministère de l’Intérieur (à nouveau Maria Fekter) et celui des Affaires étrangères (Michael Spindelegger).

Entre-temps, le 11 octobre, le gouverneur du Land de Carinthie, Jörg Haider, avait trouvé la mort dans un accident de la route – il roulait trop vite et se trouvait sous l’emprise de l’alcool. Le 10 octobre marquait en effet la fête de la Carinthie, célébrée dans de nombreuses villes et bourgades, en souvenir du vote populaire qui, en 1920, vit la majorité de la population, de langues allemande et slovène, décider le maintien de la Basse-Carinthie au sein de l’Autriche.

Depuis le milieu des années 1980, Jörg Haider était un des hommes politiques les plus célèbres en Autriche et à l’étranger. Il avait contribué à élargir l’influence du populisme de droite en Autriche, en jouant sur l’émotion négative suscitée par la question de l’immigration. Sous sa direction, l’influence du FPÖ avait atteint son apogée (26,91 % en 1999), mais il en provoqua aussi la scission en 2005 en créant le BZÖ. Si bien qu’en 2002 son ancien parti n’atteignait plus que 10 %.

Élections dans les Länder du Tyrol, de Carinthie et de Salzbourg

Trois Länder ont connu des élections : le Tyrol (8 juin 2008) ainsi que la Carinthie et Salzbourg (1er mars 2009). Dans le Tyrol, l’ÖVP subit une lourde défaite, ne recueillant plus que 40,5 % des voix (contre 49,9 % en 2003). Le SPÖ tomba au plus bas, avec 15,5 % (contre 25,9 % en 2003). Grand vainqueur, la nouvelle Liste Fritz de l’ex-dirigeant ÖVP Fritz Dinkhauser décrocha 18,4 %. Pour sa part, le FPÖ progressa de 8 % à 12,4 %, à l’inverse des Verts, qui reculèrent de 15,6 % à 10,7 %. Günther Platter (ÖVP, ex-ministre de l’Intérieur) devint gouverneur, à la tête d’une coalition ÖVP-SPÖ reconduite.

En Carinthie, on ignorait si, après la mort du gouverneur Haider, ses épigones du BZÖ l’emporteraient. Son successeur Gerhard Dörfler, célèbre pour ses blagues racistes lors de sa campagne, fut réélu le 31 mars 2009. Malgré ses dérapages, le BZÖ rassembla plus de 45 % des suffrages, contre 41,4 % en 2003 pour le FPÖ. Ce dernier, cette fois, contrairement à d’autres Länder, disparut quasiment du paysage (3,8 %). Avec 28,7 %, le SPÖ connut une véritable débâcle (-9,7 %).

Dans le Land de Salzbourg aussi, le SPD, malgré son net recul (39,4 %, soit -6 %), a devancé l’ÖVP (36,6 %, soit -1,3 %). Le FPÖ a, lui, un peu progressé (13 %, soit +4,3 %). Les Verts ont peu perdu (7,4 %, soit -0,6 %). Le BZÖ s’est contenté de 3,7 %.

Pour avoir accès à 30 ans d'analyses et de données (statistiques, cartes, chronologies, etc.) sur ce pays et sur bien d'autres questions nationales et internationales, abonnez-vous à l'Encyclopédie de l'état du monde.