Autriche 2010-2011  

Reinhold Gaertner 
Mise en ligne : septembre 2011

Reprise économique

Quelques événements ont marqué l’année politique 2010 en Autriche. En avril, le président fédéral Heinz Fischer a été reconduit pour un deuxième mandat à une écrasante majorité (79,3 % des voix).

Les élections au Parlement régional (Landtag) du Burgenland ont eu lieu fin mai, et celles de la Styrie et de Vienne se sont tenues à l’automne. Dans les trois cas, le Parti social-démocrate (SPÖ) avait à défendre sa position de tête – et le poste de gouverneur, qui en dépend. C’est en Styrie que le Parti populaire d’Autriche (ÖVP, conservateur) avait le plus d’espoir de l’en déloger ; il y avait été le premier parti jusqu’en 2005.

Le thème de l’asile a pesé sur la campagne électorale du Burgenland. La ministre fédérale de l’Intérieur Maria Fekter avait proposé, fin 2009, d’installer un centre d’accueil de demandeurs d’asile dans une localité du Land, Eberau. Le projet avait suscité les protestations indignées de nombreux notables politiques régionaux. Un référendum consultatif local organisé le 21 mars 2010 dans trois districts du Land (Jennersdorf, Güssing et Oberwart) avait donné plus de 94 % de non, avec un taux de participation de 27 %. Finalement, le SPÖ, ayant perdu un siège, n’avait plus la majorité absolue au Landtag (18 sièges sur 36) mais restait largement en tête. Toujours dans le Burgenland, une fraude électorale commise par le maire de la petite localité d’Unterrabnitz (qui avait rempli de sa main treize bulletins de vote) a créé un gros scandale ; il a fini par démissionner en octobre 2010.

En Styrie, l’ÖVP s’était publiquement fixé pour objectif de chasser le SPÖ de la première place, mais il a perdu des voix (de même, du reste, que le SPÖ) et s’est retrouvé une fois de plus au deuxième rang avec 37,2 %. Comme dans le Burgenland, le Parti libéral d’Autriche (FPÖ, populiste et nationaliste) a progressé en voix et en sièges.

Lors de l’élection du Landtag de Vienne, qui est aussi son conseil municipal, le FPÖ en a une fois de plus appelé aux sentiments xénophobes. Cette campagne a porté ses fruits et le FPÖ a recueilli 25,7 % des voix, son meilleur résultat à Vienne depuis celui de 1996 (27,9 %). Le SPÖ, qui n’a pas atteint la majorité absolue, est néanmoins resté le premier parti avec 44,3 % des suffrages, Michael Häupl conservant le poste de gouverneur-maire auquel il se trouvait depuis 1994. Pour la première fois à Vienne, une coalition rouge-verte a été constituée, le vice-maire étant la Verte Marias Vassilakou.

L’économie autrichienne s’est redressée après la forte récession de 2009 (– 3,7 %), liée à la crise mondiale. Estimée à 1,9 % en 2010, la croissance devait s’établir autour de 2 % en 2011. Ce rebond a permis d’amorcer une diminution du taux de chômage, qui était passé de 3,8 % en 2008 à 4,8 % en 2009 : il est retombé à 4,3 % en 2010. Toutefois, cela n’a pas été suffisant pour relancer la demande intérieure, qui restait d’autant plus atone que les salaires réels ont très faiblement progressé. La reprise était surtout tirée par les exportations. L’Autriche demeurait donc dépendante des hauts et des bas des autres pays (et en particulier de l’Allemagne, son principal partenaire commercial) et serait donc vulnérable en cas de nouveau choc mondial.

Alors que les affrontements entre insurgés et les forces loyales à Mouammar Kadhafi s’intensifiaient en Libye, les autorités autrichiennes ont ordonné en mars 2011 le gel de tous les avoirs financiers pouvant être reliés au dirigeant libyen.

Le président Heinz Fischer a reçu début mai 2011 son homologue turc Abdullah Gül. Cette visite, la première d’un président turc depuis treize ans, a été l’occasion de promouvoir la coopération économique entre les deux pays et d’évoquer le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, mais surtout d’aborder la question de l’intégration de la minorité turque en Autriche, alors que l’extrême droite y faisait des percées électorales depuis plusieurs années. Le FPÖ a d’ailleurs fait campagne contre l’ambassadeur de Turquie, Kadri Ecvet Tezcan, au motif qu’il avait critiqué, en novembre 2010, la politique d’intégration envers les Turcs.

Le 20 février 2010 est décédée Johanna Dohnal, membre du SPÖ depuis la fin des années 1960, qui avait été la première femme ministre d’un gouvernement fédéral autrichien, en 1990.

L’Autriche n’a pas souvent remporté d’oscars mais, en 2010, Christoph Waltz a reçu celui du meilleur second rôle dans le film de Quentin Tarantino Inglorious Basterds, tandis que le cinéaste Michael Haneke avait été présélectionné pour son film Le Ruban blanc.

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