Autonomie palestinienne 2008-2009  

Jean-François  Legrain 
Mise en ligne : septembre 2009

Guerre israélienne contre le Hamas

Loin de ruiner la convergence entre Israël, la communauté internationale, le président Mahmoud Abbas et son mouvement, le Fatah, la guerre menée par Israël contre la bande de Gaza (du 27 décembre 2008 au 21 janvier 2009) ne constituait in fine que la forme la plus récente de leur alliance. Le gouvernement israélien justifiait son offensive en termes de réponse de l’« agressé », apportée au nom du « monde démocratique », à la « terreur » islamique internationale et au régime instauré par le Hamas, aidé du Hezbollah libanais et de l’Iran.

Le refus commun à ces acteurs de laisser le Hamas exercer le mandat reçu lors des élections du Conseil législatif d’autonomie de janvier 2006, dans cette nouvelle étape, permettait au gouvernement israélien de conforter son refus de laisser l’identité nationale palestinienne se doter d’un cadre étatique tout en aggravant les divisions internes palestiniennes.

La partie palestinienne avait pourtant globalement respecté la trêve conclue en juin 2008 pour une durée de six mois par le Hamas, via une médiation égyptienne. La partie israélienne, en revanche, n’a jamais levé son blocus de la bande de Gaza. Quasi total depuis la prise de contrôle par le Hamas durant l’été 2007, le siège a perduré, conduisant à la ruine la majorité des entreprises privées et maintenant au plus bas les investissements publics. Début novembre 2007, une opération israélienne menée à l’intérieur même de la bande de Gaza avait relancé le cycle de tirs de roquettes artisanales sur le sud d’Israël. La conclusion d’une nouvelle trêve devenait ainsi quasi impossible à justifier auprès de la base du Hamas. Le gouvernement israélien pouvait alors jouer de cette position pour justifier son offensive.

En dépit d’un coût humain (1 430 morts, plus de 5 000 blessés côté palestinien) et matériel (plus ou moins 100 000 déplacés ou privés d’abris) très élevé, les protestations populaires n’ont pas suffi à infléchir les politiques étatiques (seuls la Bolivie et le Vénézuela rompaient leurs relations diplomatiques avec Israël ; le Conseil de sécurité de l’ONU n’adoptait que très tardivement une résolution bien peu embarrassante pour Israël).

Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), dans l’hypothèse d’une réouverture continue et entière des points de passage entre la bande de Gaza et l’extérieur, cinq années seraient nécessaires pour réparer les dommages de cette incursion demeurée en lisière des zones densément peuplées, mais basée sur un emploi extensif des bombardements aériens (on n’a compté que 10 soldats et 3 civils tués côté israélien).

En juin 2009, le blocus était encore maintenu, empêchant toute reconstruction. L’adoption par les donateurs réunis à Charm el-Cheikh, en mars 2009, d’un plan d’aide de 4,5 milliards $ n’ébranla en rien la politique israélienne épaulée par une quasi-unanimité internationale visant à interdire au Hamas toute association au processus de reconstruction.

Divorce entre la Cisjordanie et Gaza

Simple « dommage collatéral » ou objectif recherché par les stratèges israéliens, le nationalisme palestinien ressortit de la guerre de Gaza plus affaibli que jamais quand le Hamas incarnait la résistance. Pour la première fois, le Fatah, moteur de la construction identitaire, politique et militaire palestinienne des quarante dernières années, se trouvait absent du terrain de la confrontation avec Israël (même si certains éléments des Brigades des martyrs d’al-Aqsa, son aile armée, avaient participé aux combats).

Trois ans après avoir été nominalement privé du pouvoir par les urnes, le Fatah se montrait plus décidé que jamais à le conserver à tout prix. Certains de ses plus hauts responsables envisageaient ainsi de reprendre pied dans la bande de Gaza grâce à l’armée israélienne : des forces armées fidèles à Muhammad Dahlan – conseiller militaire du président M. Abbas, interlocuteur privilégié du général Keith Dayton, responsable au sein du Département d’État américain de la coordination en matière de sécurité avec la Présidence palestinienne – auraient été prépositionnées dans le Sinaï. La Présidence usait, quant à elle, de ses moyens diplomatiques pour freiner toute initiative internationale visant à ouvrir certains canaux de communication avec le Hamas, de même qu’elle exigeait l’entier contrôle des flux financiers de la reconstruction.

La division institutionnelle et politique entre Cisjordanie et bande de Gaza avait été instaurée en juin 2007. Une fuite dans la presse israélienne avait alors révélé un plan américain visant à écarter militairement le Hamas des affaires de sécurité dans la bande de Gaza, ce qui avait décidé le Hamas à anticiper le putsch en prenant lui-même le contrôle exclusif de la sécurité. L’offensive israélienne contre la bande de Gaza ne faisait que conforter cette division.

Même boycotté par la communauté internationale, l’ancien cabinet d’union nationale dirigé par Ismaïl Haniyya pouvait maintenir son contrôle. Le remplacement de son ministre de l’Intérieur, Saïd Siyam, éliminé par Israël en janvier 2009, par Fathi Hamad bénéficia de la confiance de ce qui restait du Conseil législatif à Gaza. À Ramallah, en revanche, le cabinet d’urgence dirigé par Salam Fayyad, ancien représentant du Fonds monétaire international (FMI) en Palestine, était prolongé au mépris de la Loi fondamentale (Constitution). Chacun des deux cabinets menait des politiques quasi symétriques en matière de libertés publiques, partisans avérés ou non du Fatah à Gaza et du Hamas en Cisjordanie faisant l’objet d’arrestations ou d’intimidations pour les personnes, de destructions ou de fermetures pour les institutions.

La question de Palestine redevenait la caisse de résonance des intérêts arabes contradictoires, l’entente nationale comme le règlement politique échappant aux Palestiniens eux-mêmes. Face à la guerre de Gaza, deux sommets arabes concurrents furent ainsi réunis en janvier.

Élection d’Obama : un nouvel espoir ?

Après avoir manifesté une faveur certaine au Fatah dans le cadre de la médiation qu’elle exerçait, l’Égypte, pour sa part, décidait au printemps 2009 d’exercer certaines pressions sur la Présidence palestinienne et sur le Fatah, les amenant à participer à un nouveau cycle de négociations. De mars à mai 2009, cinq domaines furent abordés en commission : restructuration des forces de sécurité, réforme de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), tenue des élections présidentielle et législatives, réconciliation et constitution d’un cabinet d’union.

Si les deux parties se mettaient d’accord sur la tenue de nouvelles élections d’ici janvier 2010, aucun accord n’intervenait dans les autres dossiers fin mai. Démissionnaire en mars, le Premier ministre Salam Fayyad se voyait appelé par le président M. Abbas, en mai et avant même la fin des négociations en cours – qui échouèrent –, à constituer un nouveau cabinet, ce qu’il fit en l’absence de tout vote de confiance parlementaire.

L’accession de Barack Obama à la présidence en janvier 2009 avait suscité certains espoirs d’un changement de politique américaine dans la région, mais sa transcription dans la réalité se faisait encore attendre fin mai. Le refus du nouveau Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou d’envisager deux États, israélien et palestinien, pour solution de la question israélo-palestinienne laissait certes présager certaines frictions, sans toutefois qu’une rupture paraisse concevable.

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