Australie 2010-2011  

Xavier Pons 
Mise en ligne : septembre 2011

Gros temps en Australie

L’Australie a connu deux bouleversements d’importance en 2010-2011. Le premier, d’ordre politique, a vu le Premier ministre travailliste Kevin Rudd renversé – et remplacé – par son adjointe Julia Gillard. Le second, d’ordre climatique, a pris la forme du cyclone Yasi qui a dévasté le nord-est du pays. Si les fondamentaux de l’Australie n’ont pas été altérés en profondeur, le paysage économique et politique ne s’en est pas moins trouvé sensiblement modifié.

Devenu Premier ministre en novembre 2007, K. Rudd jouissait d’une très forte popularité, en raison notamment de la ratification par l’Australie du protocole de Kyoto contre le changement climatique et des excuses présentées en février 2008 aux Aborigènes. Mais, en 2010, cette popularité s’est mise à fléchir brutalement lorsque K. Rudd, suite à l’échec de la conférence de Copenhague, a renoncé à ses projets d’échange de quotas d’émission de CO2 et proposé quelque temps plus tard un impôt sur les super-bénéfices des sociétés minières. Celles-ci connaissaient alors une grande prospérité dont elles entendaient conserver les fruits, et elles ont mené une vigoureuse campagne de propagande antigouvernementale.

Les élections législatives prévues pour 2010 s’annonçaient donc périlleuses pour les travaillistes. En mai, les parlementaires de l’Australian Labor Party (ALP) ont démis K. Rudd de ses fonctions et installé J. Gillard à sa place, dans l’espoir que la popularité personnelle de cette dernière leur sauverait la mise. Mais les élections (21 août 2010) n’ont pas permis de dégager une majorité. J. Gillard a pu rester au pouvoir en s’assurant, après de longues semaines de négociations, le soutien de quatre députés indépendants. Elle disposait ainsi d’une majorité réduite à une seule voix, et donc éminemment précaire. L’opposition, emmenée par Tony Abbott – conservateur pur et dur –, était bien décidée à harceler le gouvernement, dans l’espoir de provoquer sa chute.

Deux questions ont dominé la politique intérieure australienne : l’équilibre du budget, que les conservateurs présentaient comme l’héritage exclusif du gouvernement Howard (1996-2007) et qu’ils affirmaient menacé par les dépenses inconsidérées des travaillistes ; et l’immigration clandestine. Celle-ci est surtout le fait de gens qui arrivent en Australie par avion avec un visa de tourisme, et qui ne repartent pas à l’expiration de ce dernier. Mais ce n’était pas eux qui provoquaient le plus de remous : l’opinion publique australienne se focalisait sur les demandeurs d’asile d’origine sri-lankaise, afghane ou irakienne fuyant les persécutions et arrivant à bord de navires de fortune après avoir transité par l’Indonésie. Moins nombreux que le groupe précédent, ils faisaient néanmoins figure de dangereux envahisseurs, et les conservateurs reprochaient aux travaillistes de leur avoir ouvert les portes du pays en supprimant les aspects les plus rigoristes de la politique de contrôle des frontières menée par John Howard (détention obligatoire des clandestins, de préférence dans des camps situés loin de l’Australie, à Nauru ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée ; pour les cas humanitaires, visas temporaires ne donnant droit ni à l’emploi ni au regroupement familial, etc.). L’importance de cette question dans les débats de politique intérieure était sans commune mesure avec les chiffres qui les nourrissaient, puisqu’en 2009 l’Australie n’a fait face qu’à 6 000 demandes d’asile, contre 24 000 par exemple pour la Suède, presque trois fois moins peuplée. Toute amélioration du sort pourtant peu enviable des demandeurs pourrait passer pour du laxisme, et ne saurait donc être envisagée qu’avec prudence.

Le débat n’était pas moins âpre ni moins paradoxal en matière budgétaire. Grâce aux achats massifs de minéraux par la Chine et à la politique de relance menée par K. Rudd, l’Australie n’a pas connu la récession lors de la crise financière de 2008. Mais le coût de cette politique – inférieur, sans doute, à ce qu’aurait coûté une entrée en récession – a fait l’objet des critiques du camp conservateur. Paradoxalement, ce dernier critiquait aussi des mesures destinées à regarnir les coffres de l’État, telles que la contribution spéciale destinée à dédommager les victimes des intempéries dans le Queensland ou le projet de taxe carbone pour lutter contre le réchauffement climatique.

L’Australie a dû faire face à des dépenses inhabituelles en raison des incidents météorologiques qu’elle a connus en 2010 et 2011. Le principal, lié au phénomène La Niña, est sans doute le cyclone Yasi, le plus puissant qu’ait jamais connu l’Australie, qui a causé de gros dégâts matériels en février 2011. Les inondations qu’il a directement ou indirectement provoquées sont responsables de pertes s’élevant à cinq milliards de dollars australiens pour l’industrie du charbon, en raison de la fermeture des mines, et de deux milliards pour l’agriculture, dont les productions ont beaucoup souffert. Venant à la suite des mesures de relance prises par le gouvernement Rudd, le dédommagement financier de ces catastrophes naturelles a affecté aussi bien les excédents budgétaires que la croissance de l’économie australienne : cette dernière, qui était de 2,7 % en 2010, pourrait se voir amputée d’un point en 2011. Le budget du pays tablait sur un déficit d’environ 40 milliards de dollars en 2010-2011 mais, selon les prévisions du gouvernement, devrait redevenir excédentaire en 2012-2013. La dette extérieure de l’Australie, modeste par rapport à la situation de la plupart des pays développés, s’élevait à 6,1 % du PIB.

La vie politique s’est caractérisée par les efforts incessants de l’opposition pour faire chuter la majorité, et par les efforts non moins incessants de cette dernière pour se maintenir au pouvoir, efforts rendus plus difficiles par le basculement à droite d’États naguère dirigés par les travaillistes, dont les deux principaux de la fédération, l’État de Victoria (novembre 2010) et la Nouvelle-Galles du Sud (mars 2011). La popularité de J. Gillard et de son gouvernement a connu un fléchissement inquiétant qui leur laissait présager un avenir difficile, d’autant que des dossiers tels que la réforme du financement du système de santé ou le projet de taxe carbone rencontraient de sérieuses résistances.

En matière de politique extérieure, l’Australie s’est surtout consacrée à renforcer son alliance stratégique avec les États-Unis : c’était le but tant de la visite effectuée à Washington par J. Gillard en mars 2011 que de la participation australienne aux opérations militaires en Afghanistan. Ayant provoqué la mort de près de vingt-cinq soldats, celle-ci n’était guère populaire. L’alliance américaine plaçait l’Australie dans une position ambiguë vis-à-vis de la Chine, dont la croissance économique est d’une grande importance pour le pays mais dont les ambitions stratégiques ne laissaient pas d’inquiéter.

Sur le plan social, on continuait de voir s’opposer – indépendamment des étiquettes politiques – une vision conservatrice de l’Australie, fondée sur une tradition historique chrétienne, et une vision progressiste où l’on retrouvait tout à la fois une volonté de légaliser le suicide assisté et le mariage homosexuel, et un soutien au multiculturalisme, politique mise en sourdine depuis l’époque de J. Howard et contestée par ceux qu’effraie la différence – notamment celle de la communauté musulmane, pourtant de taille réduite (moins de 2 % de la population), mais fréquemment accusée de délinquance, voire d’inclination terroriste.

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