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Après onze ans de gouvernement conservateur, la victoire du Parti travailliste australien (ALP) aux élections législatives du 24 novembre 2007 a permis des avancées dans plusieurs domaines, dont la réconciliation avec les Aborigènes ou la lutte contre le réchauffement climatique. En revanche, les prémices de la crise financière mondiale commençaient à se faire sentir, et menaçaient la belle santé économique dont le pays avait fait preuve jusqu’alors. Si, jusque-là, l’Australie avait moins souffert que la plupart des pays développés, elle devait s’apprêter néanmoins à connaître des jours difficiles.
Le succès électoral du Premier ministre Kevin Rudd a confirmé l’emprise du Parti travailliste sur la vie politique australienne : ce dernier contrôlait désormais la totalité des gouvernements, au niveau fédéral comme au niveau des États et territoires. Le 6 septembre 2008, le Parti libéral, sous l’impulsion de Colin Barnett, a reconquis l’Australie-Occidentale, mais dans le Queensland les élections du 21 mars 2009 ont confirmé la travailliste Anna Bligh à la tête de l’État. La cote de popularité de K. Rudd est restée toujours aussi élevée (70 % d’opinions favorables) et l’opposition conservatrice a eu des difficultés à contrarier ses desseins. D'ailleurs, des rivalités se sont fait sentir entre ses principaux dirigeants – Malcolm Turnbull a réussi à évincer Brendan Nelson comme leader du Parti libéral, mais a continué de s’interroger sur les ambitions de Peter Costello, numéro deux dans les gouvernements Howard (1996-2007) et encore influent dans le parti.
Les excuses présentées par K. Rudd le 13 février 2008 aux Aborigènes pour les torts infligés par l’Australie depuis plus de deux siècles, et notamment pour l’enlèvement systématique, et souvent brutal, des enfants sang-mêlé, que les autorités voulaient couper de leurs racines pour mieux les assimiler à la société blanche, eurent un grand retentissement affectif dans le pays, mais une portée purement symbolique. La situation matérielle des Aborigènes (état sanitaire, éducation, emploi, logement, etc.) restait très préoccupante, notamment dans les communautés reculées, où l’alcool, la drogue et les violences sexuelles faisaient des ravages.
John Howard avait déjà lancé durant l’année 2007 une « intervention » (qui faisait notamment appel à l’armée) pour éradiquer les abus les plus criants, au détriment de certains aspects de l’autonomie partiellement concédée aux Aborigènes sur leurs terres traditionnelles. Cette intervention avait d’ailleurs divisé les dirigeants aborigènes – certains la jugeant indispensable pour obtenir des résultats et d’autres y voyant un retour au paternalisme d’antan. Après avoir critiqué l’« intervention » lorsqu’il était dans l’opposition, K. Rudd a eu, une fois au pouvoir, une attitude ambiguë et louvoyante en la matière. Reste à savoir si les problèmes aigus que connaissent les Aborigènes perdurent malgré l’intervention ou parce que celle-ci a été freinée dans son élan.
Du point de vue écologique, l’Australie a fait figure de zone sinistrée. Les terribles incendies de février 2009, qui ont fait quelque 250 victimes ainsi que d’énormes dégâts matériels, alors que le nord-est du pays était la proie des inondations, sont venus rappeler à quel point l’Australie restait à la merci de forces naturelles dévastatrices. L’un des problèmes environnementaux les plus criants concerne le bassin du fleuve Murray-Darling, où l’on a pompé tellement d’eau pour l’irrigation des cultures que son avenir semble très menacé. Fort des convergences politiques entre Canberra et les divers États concernés (Queensland, Nouvelle-Galles du Sud, Victoria et Australie-Méridionale), K. Rudd a promis de prendre les mesures nécessaires pour sauver le bassin, mais celles-ci font toujours problème à cause de jalousies entre États. Il faut cependant noter que l’abondance des pluies en 2009 dans le Queensland a permis au lac Eyre (Australie-Méridionale), d’ordinaire une vaste étendue de sel, de se remplir d’eau, ce qui a provoqué une explosion de vie (plantes, oiseaux, poissons, etc.) qui ne se produit en moyenne qu’une fois tous les dix ans.
La crise financière n’a pas épargné l’Australie. Pour limiter son impact, K. Rudd a annoncé en février 2009 un plan de relance de 42 milliards de dollars australiens (21,23 milliards d’euros), voté d’extrême justesse par le Sénat. Une somme de 28,8 milliards de dollars australiens serait consacrée à des investissements d’infrastructure (écoles et logements notamment) alors que 12,7 milliards seraient distribués aux salariés, aux étudiants et aux agriculteurs victimes de la sécheresse.
Le déficit budgétaire pourrait atteindre 22,5 (en 2008-2009) puis 35,5 milliards de dollars australiens (2009-2010), et le taux de chômage pourrait passer de 4,5 % à plus de 7 %. Les taux d’intérêt étaient à leur plus bas niveau depuis quarante-cinq ans (3,25 %), et, quoique supérieurs aux taux européens, américains et japonais, ils pourraient encore baisser.
L’Australie ne pourra sans doute pas éviter une légère récession en 2009 (l’économie s’est contractée de 0,5 % lors du quatrième trimestre 2008), mais elle a des chances de connaître une croissance de 2,4 % en 2010. Le déficit des comptes courants pourrait passer de 3,75 % à 5,5 % du produit intérieur brut (PIB).
L'impact de la conjoncture internationale sur l’Australie restait très incertaine. La Chine demande, pour le charbon et le fer qu’elle lui achète, des baisses de prix de l’ordre de 30 à 50 %, ce qui plomberait la santé de l’économie australienne. La croissance chinoise devrait néanmoins rester suffisamment vigoureuse pour que cette économie n’en souffre pas trop. En revanche, l’état préoccupant de l’économie japonaise (qui pourrait se contracter de 5 %) aura certainement des répercussions en Australie.
En matière de politique étrangère, l’événement le plus significatif a sans doute été l’élection du nouveau président américain Barack Obama. Les États-Unis sont en effet pour l’Australie un partenaire économique important et surtout son principal partenaire stratégique – l’alliance américaine, concrétisée par le traité ANZUS de 1952, garantit la sécurité du pays, mais a l’inconvénient de le placer en position d’obligé. John Howard avait fait preuve d’un suivisme presque total à l’égard de la « guerre contre le terrorisme » menée par George W. Bush. Si l’arrivée au pouvoir du travailliste K. Rudd n’avait pas été suivie d’un changement d’administration à Washington, les relations entre les deux pays seraient devenues plus difficiles. Bien qu’il partage nombre de convictions exprimées par le nouveau président américain, le Premier ministre australien ne veut pas apparaître à la remorque de celui-ci. Il hésite par exemple à engager plus de troupes australiennes en Afghanistan, comme l’y incite son allié. Dix soldats australiens y ont déjà trouvé la mort.
Diplomate et sinologue de formation, K. Rudd a toujours attaché beaucoup d’importance aux relations sino-australiennes, mais ses initiatives ne sont pas toujours bien reçues : sa proposition, formulée en juin 2008, de créer d’ici à 2020 une Union Asie-Pacifique sur le modèle de l’Union européenne a laissé beaucoup d’observateurs sceptiques.
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