Arménie 2008-2009  

Charles Urjewicz 
Mise en ligne : septembre 2009

Réchauffement avec la Turquie

La guerre russo-géorgienne de l’été 2008 a souligné encore la fragilité de l’Arménie, confrontée au blocus imposé par l’Azerbaïdjan à la suite du conflit du Haut-Karabakh, une région séparatiste de l’Azerbaïdjan peuplée majoritairement d’Arméniens et occupée par Erevan depuis 1992. Le bombardement, puis l’occupation du port géorgien de Poti, par lequel transite une part importante de ses approvisionnements, avaient placé Erevan dans une position difficile. Malgré les nombreux projets de coopération engagés avec l’Iran, l’alternative iranienne montrait là toutes ses limites.

Le 6 septembre 2008, la visite éclair du président turc, Abdullah Gül, à l’occasion du match de football opposant les deux équipes nationales, semblait devoir marquer une rupture après un siècle de relations tendues. Beaucoup y voyaient un infléchissement considérable de la politique des autorités arméniennes. Pour Erevan, la reconnaissance par Ankara de la responsabilité ottomane du génocide des Arméniens en 1915 représentait le préalable à toute normalisation des rapports arméno-turcs. Le 23 avril 2009, alors que l’Arménie s’apprêtait à commémorer le début du génocide, les deux pays parvenaient à un accord sur la mise en place d’un « cadre général » dans le but de normaliser leurs relations. Pour Erevan, les enjeux d’une telle normalisation se révélaient considérables. L’ouverture de la frontière turco-arménienne, fermée par Ankara afin de marquer sa solidarité avec Bakou, s’imposait pour obtenir le désenclavement d’un pays dont la Russie restait le partenaire obligé et le principal investisseur. Moscou consentait un prêt de 500 millions $ à Erevan afin d’aider l’économie arménienne à surmonter les conséquences de la crise mondiale.

Après un fort ralentissement en 2008 (6,8 % contre 11,3 % en 2007), le PNB se rétractait fortement en 2009. De janvier à avril, il chutait de 6,4 % à 9,7 %, selon les sources, tandis que les exportations s’effondraient (- 47,8%).

Le malaise politique restait profond alors que de nombreux observateurs pointaient les violations répétées des droits de l’homme. Le 1er mars 2009, des dizaines de milliers de sympathisants de l’opposition commémoraient dans la capitale les violentes manifestations qui, un an plus tôt, avaient contesté la victoire à l’élection présidentielle de Serge Sarkissian. Le 31 mai, les élections municipales dans la capitale soulevaient de nombreuses interrogations. Le 7 mai, un nouveau sommet arméno-azéri réuni à Prague n’avait débouché sur aucun résultat concret. En 2008, on avait compté une trentaine de morts sur la ligne de cessez-le-feu.

Pour avoir accès à 30 ans d'analyses et de données (statistiques, cartes, chronologies, etc.) sur ce pays et sur bien d'autres questions nationales et internationales, abonnez-vous à l'Encyclopédie de l'état du monde.