![]() |
Retrouvez nos dernières parutions sur |
Le gouvernement de Cristina Fernández de Kirchner (Parti justicialiste, péroniste), élue en octobre 2007 et entrée en fonction le 10 décembre, a dû faire face à un grave conflit après que le jeune ministre de l’Économie, Martin Lousteau, a décidé, en février 2008, d’une hausse de 40 % des taxes à l’exportation des produits agricoles (les exportations de soja ayant notamment bénéficié d’une augmentation extraordinaire des prix depuis 2003). Le gouvernement comptait ainsi réorienter l’excédent résultant de l’exportation de ces produits pour promouvoir l’industrialisation et la redistribution du revenu national.
Dès l’annonce de cette augmentation des taxes, l’ensemble des syndicats de propriétaires terriens et des producteurs ont contesté ce projet, réunissant derrière eux les principaux médias et une opposition politique et sociale importante. Un lock-out a été organisé, empêchant toute circulation de produits agricoles sur le marché intérieur et provoquant des pénuries d’aliments (lait, viande, légumes frais…) dans les supermarchés. Des manifestations rassemblant une bonne partie des classes moyennes se sont déroulées pendant quatre mois (février-mai 2008) et plusieurs centaines de milliers de personnes ont demandé le retrait du projet sur la place de Mai.
Le gouvernement a riposté en s’appuyant sur les syndicats, le Parti justicialiste (dirigé par l’ancien président et époux de la présidente, Nestor Kirchner) et les groupes de piqueteros (mouvement de sans-emploi très implanté dans les quartiers populaires de la banlieue de Buenos Aires). Des manifestations de soutien au gouvernement ont ainsi rassemblé les plus démunis et les dirigeants des mouvements populaires ont accusé l’opposition au gouvernement de répondre au traditionnel pouvoir de l’« oligarchie » des propriétaires terriens.
En réalité, ce conflit a mis en évidence une société profondément divisée depuis la crise de 2001 et les réformes libérales des années 1990. Deuxième producteur mondial de soja transgénique, principale richesse exportable du pays devant le pétrole, l’Argentine a vu peu à peu la concentration des terres entre les mains de très grands producteurs agricoles associés à un lobby industriel puissant, tourné vers le marché international. Les nouvelles classes moyennes urbaines se sont enrichies sur fond de fracture sociale grandissante, laissant un nombre important de travailleurs sans emploi.
La crise a pris fin en juin lorsque le gouvernement a envoyé son projet pour discussion devant les deux Chambres, aboutissant à un échec pour la présidente Cristina Fernández de Kirchner. Le vice-président de la République Julio Cobos (également président du Sénat) a voté contre son propre gouvernement, faisant échouer le projet de hausse des taxes. Ainsi, le conflit s’est traduit par une fracture politique qui n’a fait qu’aggraver une situation que la présidentielle de 2007 avait laissé entrevoir malgré la victoire du couple Kirchner. Une opposition de droite, d’inspiration libérale, s’était articulée autour du maire de la capitale, Mauricio Macri, du parti Radical et de plusieurs partis de province. Les centres urbains, les classes moyennes et une partie de la bourgeoisie exportatrice avaient pris leurs distances vis-à-vis d’un gouvernement cantonné au traditionnel espace péroniste des syndicats et des catégories populaires des banlieues. Dans le cadre de ce clivage, la question de l’insécurité et la demande de mesures répressives à l’encontre des catégories défavorisées avaient pris une place majeure dans le débat public.
Par ailleurs, en décembre 2008, le Parlement approuvait la renationalisation de la compagnie aérienne Aerolíneas Argentinas, en faillite après quinze années de privatisation. À la même période, le gouvernement a procédé à la nationalisation du système privé de retraites par capitalisation, lui aussi proche de la faillite (il avait été partiellement privatisé sous le gouvernement Menem, 1989-1999). En effet, au moment où les fonds de pension devaient commencer à payer les premières retraites, les investissements réalisés avec les fonds des épargnants se sont révélés improductifs et les caisses, vides. La nationalisation, coûteuse pour l’État, s’est faite par un retour des épargnants à l’ancien système par répartition.
Le 28 juin 2009, jour du scrutin législatif de mi-mandat (l’élection des gouverneurs de province s’est déroulée le même jour), la présidente Fernández de Kirchner a subi un grave revers lors du renouvellement de la moitié des députés et du tiers des sénateurs. En fait de « plébiscite » de la gestion des époux Kirchner, ce scrutin a vu la victoire de l’opposition, désormais majoritaire au Parlement. Les conflits de l’année 2008 et les premiers effets de la crise internationale avaient mis le gouvernement dans une situation difficile. Le parti Radical semblait en mesure de récupérer une partie de son électorat qui commençait à se rassembler, après la mobilisation du secteur agricole, derrière la figure désormais dissidente du vice-président Julio Cobos. L’ex-président Nestor Kirchner, candidat pour la province de Buenos Aires, était battu dans le principal district électoral du pays face au candidat Francisco de Narvaez (nouvelle droite), et démissionnait de la présidence du parti péroniste au lendemain du scrutin du 28 juin. Le péronisme se trouvait divisé en raison de l’émergence de nouveaux fronts d’opposition, comme dans le cas de la province de Santa Fe, derrière la figure de Carlos Reutemann.
Sur le plan économique, la croissance a continué au rythme très soutenu des dernières années avec une augmentation du PIB de 8,5 %. En revanche, le taux de chômage remontait à 8,4 % en mai 2009, contre 7,3 % en décembre 2008. Environ 15 % de la population restait sous le seuil de pauvreté et 4,4 % sous le seuil de l’indigence (avec des revenus insuffisants pour parer aux besoins alimentaires). La crise économique internationale commençait à avoir un impact social au premier trimestre 2009, avec un recul de 48 % pour l’industrie automobile et de 32 % pour la production d’acier.
Pour avoir accès à 30 ans d'analyses et de données (statistiques, cartes, chronologies, etc.) sur ce pays et sur bien d'autres questions nationales et internationales, abonnez-vous à l'Encyclopédie de l'état du monde.