Argentine 2010-2011  

Denis Merklen 
Mise en ligne : septembre 2011

À la sortie de la crise, les élections en 2011

L’année 2010 a été une année exceptionnelle pour l’Argentine avec une croissance de 9,2 % du PIB (355 milliards de dollars), après une progression d’à peine 1,2 % en 2009. Ce développement a été soutenu notamment par l’investissement (21,2 %), la consommation des ménages (9 %) et l’expansion industrielle (9,7 %). L’industrie automobile a enregistré une très forte progression (+ 50,3 %), comptant pour la moitié de la croissance industrielle et un tiers des investissements. Les exportations ont progressé de 14,6 % grâce au bon comportement des secteurs agricole et industriel (35 % des exportations).

Sur le plan social, le salaire moyen n’a pas progressé et de fortes disparités subsistaient. Les négociations par branche ont permis à plusieurs secteurs de conclure des accords d’augmentation des salaires, tandis que le travail illégal, les secteurs de moindre productivité, le secteur public et la main-d’œuvre agricole ont stagné, dans un contexte de forte croissance. Le travail au noir affectait 3,8 millions de personnes fin 2010 (33,7 % des salariés), soit une baisse de 2,4 % par rapport à 2009, mais un niveau très élevé en termes historiques et par rapport au comportement de l’économie. Le chômage est passé de 8,4 % en 2009 à 7,3 % en 2010, et le travail à temps partiel de 10,3 % à 8,4 %. Les disparités étaient aussi importantes sur le plan régional (au nord-ouest du pays, le travail au noir avoisinait 50 %) et en fonction du genre et de l’âge (17 % des femmes de moins de 30 ans étaient sans emploi).

La distribution des revenus, autre point noir de la situation sociale argentine, a continué à s’améliorer. Le coefficient de Gini était estimé à 0,39 (0,55 au Brésil ; 0,41 aux États-Unis ; 0,30 en Uruguay). Dans le cadre de cette amélioration, l’augmentation du niveau des retraites et la création d’un revenu universel par enfant en 2009 ont eu un impact majeur, notamment pour les foyers les plus pauvres. La part des salaires dans le revenu national a aussi progressé, atteignant 44,9 % fin 2010. La pauvreté (12 % en 2010 contre 14 % en 2009) et l’indigence (3,1 % contre 4 %) ont continué à diminuer.

Deux événements majeurs ont marqué l’année politique. L’ex-président Nestor Kirchner est décédé d’une crise cardiaque le 27 octobre 2010. Il était député, président du Parti justicialiste (péroniste) et premier secrétaire général de l’Union des nations sud-américaines (Unasur).

N. Kirchner conduisait la campagne en vue des nombreuses élections de gouverneurs de province qui devaient s’échelonner tout au long de 2011, et des élections présidentielle et législatives prévues pour le mois d’octobre 2011. Une véritable division du travail s’était installée entre lui et son épouse Cristina Fernández de Kirchner, à la tête de l’État depuis 2007. Les époux Kirchner avaient alors surpris le système politique quand, au plus haut de sa popularité, N. Kirchner avait cédé la place à C. Fernández comme candidate. Le scénario restait ouvert pour 2011 au moment du décès de l’ex-président. N. Kirchner jouait également un rôle majeur à la tête de l’Unasur. Au lendemain de la tentative de coup d’État contre Rafael Correa en Équateur, l’ensemble des chefs d’État latino-américains s’étaient réunis à Buenos Aires à son initiative, pour se rendre ensuite à Quito en défense de la démocratie (un précédent historique pour l’Amérique latine).

La mort de N. Kirchner a provoqué une vive émotion populaire. Une immense foule s’est réunie sur la place de Mai, puis dans sa province natale, en Patagonie. La plupart des présidents des pays voisins, dont Evo Morales, Hugo Chavez et José Mujica, sont venus saluer l’ex-président et soutenir C. Fernández.

L’Argentine a par ailleurs fêté le bicentenaire de son indépendance et de son existence comme république. Les festivités organisées par le gouvernement le 25 mai 2010 ont eu, elles aussi, un impact majeur. Elles ont permis d’affirmer le climat d’optimisme qui régnait dans la population. Après le terrorisme d’État de la dernière dictature militaire (1976-1983), qui s’est soldé par des milliers de morts et de disparus, après les crises économiques de l’hyperinflation (1989-1990) et de la récession (1998-2002), le pays a célébré la récupération des libertés publiques et l’amélioration des conditions de vie d’une partie importante de la population. De quoi rassurer le gouvernement, qui se préparait alors pour une année électorale intense.

Aux dires de la presque totalité des observateurs, l’opposition se montrait divisée et n’avait d’autre prise pour attaquer le gouvernement que la dénonciation d’un taux d’inflation établi officiellement à 10 % en 2010 mais que certaines estimations disaient supérieur à 30 %. Le 13 mars 2011, le parti du gouvernement a emporté les premières élections de la série, Lucía Corpacci ayant été élue gouverneure de la province de Catamarca.

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