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Les chutes successives des régimes de Zine el-Abidine Ben Ali en Tunisie et de Hosni Moubarak en Égypte ont obligé les autorités saoudiennes à parer au plus pressé pour éviter toute propagation de la contestation populaire arabe dans leur royaume. Le roi Abdallah est ainsi rentré précipitamment au pays le 23 février 2011 après une absence de trois mois pour raisons médicales. Dès son arrivée, il a annoncé une série de mesures sociales financées par une enveloppe de 36 milliards de dollars. Parmi elles figuraient notamment l’augmentation des bourses d’études à l’étranger, une hausse de salaires de l’ordre de 15 % aux fonctionnaires saoudiens ainsi que le déblocage d’un financement additionnel de 10 milliards d’euros pour le fonds d’aide au logement. Outre la relance d’un plan de lutte contre le chômage des jeunes, le souverain a promis la création d’une banque pour l’alimentation et l’habillement.
Mais ces mesures n’ont pu empêcher les effets du « printemps arabe » de se faire sentir dans le royaume wahhabite. Dès la mi-février 2011, des pétitions ont circulé dans les milieux universitaires pour réclamer des réformes politiques et une lutte contre la corruption. Des appels à manifester ont été lancés via les réseaux sociaux sur Internet, obligeant les forces de l’ordre à se déployer dans les grandes villes pour dissuader les protestataires de se regrouper. Le 18 mars, le roi Abdallah a annoncé un second plan de mesures, d’un montant de 70 milliards de dollars. Il a promis l’augmentation des salaires minimaux jusqu’à 800 dollars, des primes de chômage jusqu’à 250 dollars, et l’octroi d’une prime de deux mois de salaire pour chaque fonctionnaire et de deux mois de bourse pour les étudiants. 67 milliards de dollars de ce plan d’aide devaient aussi être consacrés à la construction de 500 000 logements dans tout le pays. Le monarque saoudien a enfin annoncé la création d’un comité de lutte contre la corruption dépendant directement de son autorité et ayant la possibilité de contrôler tous les secteurs gouvernementaux.
Ces mesures sociales se sont accompagnées d’un discours de fermeté. Sur le plan interne, le roi Abdallah a évoqué la création de 60 000 nouveaux postes dans les forces de sécurité, assurant qu’elles seraient prêtes à faire face à « tous ceux qui envisagent de porter atteinte » au royaume. Début mars 2011, des dignitaires religieux proches du palais royal ont, une nouvelle fois, émis des fatwas pour déclarer illicite pour tout musulman le fait de manifester dans la rue contre les autorités de son pays. Enfin, le régime wahhabite n’a fait aucune concession aux femmes qui ont tenté en mai et juin 2011 de braver l’interdiction qui leur est faite de conduire une automobile. Plusieurs activistes féministes ont été arrêtées et traduites en justice.
Sur le plan international, l’Arabie saoudite s’est largement impliquée dans la crise de Bahreïn en envoyant, le 14 mars 2011, un millier de soldats pour contribuer à y ramener l’ordre. Pour Riyad, la révolte populaire dans le petit royaume voisin – où la population à majorité chiite s’opposait à la monarchie sunnite des Al-Khalifa – risquait d’inciter les chiites saoudiens (10 % de la population, dont une bonne partie réside dans la partie orientale et pétrolifère du pays) à occuper eux aussi la rue. Cette intervention militaire était aussi un signal à l’adresse de l’Iran, jugé proche des manifestants bahreïnis. Elle a aussi mis en lumière l’existence de tensions diplomatiques entre Riyad et l’administration Obama, à laquelle les autorités saoudiennes ont reproché de ne pas avoir soutenu le régime de Moubarak.
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