Angola 2010-2011  

Didier Péclard 
Mise en ligne : septembre 2011

Le président Dos Santos reste maître du jeu

À la tête de l’État depuis 1979, le président José Eduardo dos Santos n’a jamais paru aussi fermement aux commandes du pays. La nouvelle Constitution entrée en vigueur en février 2010 a renforcé son assise. Désormais, l’élection à la présidence ne se fera plus au suffrage universel direct : le Parlement nommera le chef du parti ayant remporté les élections législatives. Son parti, le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), contrôlant plus de 80 % du Parlement depuis les élections de septembre 2008, Dos Santos restait donc maître du jeu. La mise sur pied d’un nouveau gouvernement après l’entrée en vigueur de la Constitution, puis un remaniement en octobre 2010 ont servi, comme c’est devenu une habitude, à redistribuer les faveurs présidentielles tout en rendant plus opaque la lancinante question de la succession du président.

La marge de manœuvre de l’opposition demeurait, dans ce contexte, des plus étroite, d’autant que se renforçait l’arsenal législatif restreignant la liberté de la presse et que les menaces, voire les violences exercées à l’encontre de journalistes indépendants se répétaient. Fin février 2011, un groupe anonyme d’Angolais formé sur Internet et au travers des réseaux sociaux a toutefois appelé à une manifestation d’opposition au régime de Dos Santos pour demander la fin de son « règne de trente-deux ans ». Interdite par le gouvernement, la manifestation prévue pour le 7 mars 2011 n’a pas pu avoir lieu et la police est intervenue, interpellant dix-sept personnes, dont quatre journalistes, toutes relâchées le lendemain. En réaction à l’appel lancé, le gouvernement avait invité le 5 mars les Angolais à une « marche patriotique pour la paix » en forme de soutien au régime en place qui, elle, a réuni plusieurs centaines de milliers de personnes.

Au-delà de son caractère anecdotique, cet incident était révélateur du climat politique très tendu en Angola. Surtout, la réaction très forte du gouvernement montrait que le régime n’était pas resté sourd au message envoyé par le « printemps arabe » après la chute des présidents Ben Ali en Tunisie et Moubarak en Égypte. La manifestation avortée témoignait également de l’immense difficulté qu’éprouvait l’opposition politique et civique à se rassembler pour faire valoir ses droits et son programme politique.

La situation dans l’enclave de Cabinda, où une guerre larvée se poursuivait malgré la signature d’un accord de paix en 2006, était une autre illustration des tensions politiques parcourant le pays. L’attaque du bus de la délégation togolaise durant la Coupe d’Afrique des nations de football par un commando des Forces de libération de l’enclave de Cabinda (FLEC), en janvier 2010, a été l’occasion pour le gouvernement angolais de lancer une vaste offensive de répression, autant de l’aile civile du mouvement indépendantiste que de son bras armé. Ainsi, en août 2010, Raúl Tati, Francisco Luemba et Belchior Lanso Tati, trois fers de lance de l’opposition civique à Cabinda, étaient condamnés à des peines allant de trois à six ans de prison, avant d’être remis en liberté le 22 décembre sous pression des organisations de défense des droits de l’homme. Les FLEC sont quant à elles sorties passablement affaiblies des suites de l’attaque de janvier, Nzita Tiago (l’un des leaders historiques du mouvement) ayant été écarté de la direction en juillet 2010 par une faction rivale.

Sur la scène internationale, l’Angola s’est distingué par son soutien, à contre-courant de la communauté internationale, au président sortant Laurent Gbagbo dans la crise postélectorale qu’a connue la Côte-d’Ivoire entre décembre 2010 et avril 2011. Si les raisons précises de ce choix étaient complexes et partiellement opaques, il s’inscrivait dans une politique de projection du pouvoir angolais en Afrique de l’Ouest, passant notamment par des accords de coopération militaire avec la Guinée-Bissau et d’importants investissements dans le secteur minier dans ce même pays.

Les relations avec la République démocratique du Congo (RDC) restaient tendues, sur fond de différend autour de l’exploitation des ressources pétrolières au large de l’enclave de Cabinda et d’expulsions réciproques de milliers de citoyens des deux pays, souvent au prix de graves violations des droits humains.

Même si un ralentissement de la croissance s’est fait sentir en 2010, l’économie angolaise restait florissante, grâce au cours du pétrole mais aussi à la vigueur du secteur non pétrolier. La politique d’expansion économique, notamment par le rachat d’actifs au Portugal, continuait par ailleurs.

Pour avoir accès à 30 ans d'analyses et de données (statistiques, cartes, chronologies, etc.) sur ce pays et sur bien d'autres questions nationales et internationales, abonnez-vous à l'Encyclopédie de l'état du monde.