Angola 2008-2009  

Didier  Péclard 
Mise en ligne : septembre 2009

L’autoritarisme par les urnes

Les 5 et 6 septembre 2008, six ans et demi après la fin de la guerre civile, les Angolais se rendaient aux urnes afin d’élire leur Parlement, dont la composition n’avait pas été renouvelée depuis les élections de 1992. Comme on pouvait s’y attendre, le Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA), au pouvoir depuis l’indépendance en 1975, sortait grand vainqueur du scrutin. Si la victoire du parti du président José Eduardo dos Santos, en fonction depuis 1979, ne surprenait pas, c’est son ampleur qui impressionnait : avec 81,64 % des suffrages exprimés (contre 54 % en 1992), le MPLA obtenait 191 des 220 sièges de l’Assemblée nationale.

Quant à l’opposition, elle se partageait les miettes : l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita), ancien parti rebelle de Jonas Savimbi, n’était créditée que de 10,39 % des suffrages (16 sièges), très en deçà des 34 % obtenus en 1992, les 8 % restants se répartissant entre les douze autres partis en lice, dont trois seulement obtenaient une représentation à l’Assemblée nationale.

Dans l’ensemble, les élections de 2008 se sont déroulées dans des conditions acceptables – au moins selon les observateurs internationaux –, même si le chaos organisationnel régnant dans la capitale Luanda obligeait la Commission nationale des élections (CNE) à prolonger le scrutin d’un jour, et même si subsistaient des soupçons de fraude. Les résultats, contestés dans un premier temps par l’Unita du fait de la situation à Luanda, furent finalement reconnus par toutes les parties. La paix s’en trouvait renforcée.

En revanche, loin de consacrer la « normalisation politique » et l’ouverture démocratique du régime angolais, les élections confirmaient surtout les tendances autoritaires du gouvernement, ainsi que la concentration du pouvoir autour du MPLA, du président dos Santos et de ses réseaux économiques, financiers et militaires. Ainsi, le MPLA sut capter à son avantage les dividendes de la paix, récupérant à son propre compte le succès militaire contre l’Unita, le cantonnement et la démobilisation de la grande majorité de ses soldats, ou encore le soutien humanitaire fourni par la communauté internationale aux familles de ceux-ci. L’opposition, quant à elle, a souffert à la fois de son inexpérience, de ses divisions, du manque de liberté d’expression dans le pays, et des multiples violences et intimidations dont la campagne électorale fut entachée. Le contrôle de l’oligarchie pétrolière angolaise sur les leviers du pouvoir économique et politique apparaissait donc, au sortir du scrutin, plus étendu que jamais et, paradoxalement, le retour à la démocratie électorale en Angola s’apparentait presque à un retour à l’époque du parti-État.

Début octobre 2008, le président dos Santos annonçait un remaniement gouvernemental qui semblait confirmer la concentration du pouvoir autour d’hommes du sérail, avec les nominations d’Antonio Paulo Kassoma comme Premier ministre, ainsi que d’Eduardo Leopoldo Severim de Morais et Manuel Nunes Junior aux Finances et à l’Économie.

La croissance économique exceptionnelle du pays entre 2002 et 2008, sur fond de boom pétrolier – l’Angola devenait en l’espace de quelques mois en 2008 le premier producteur africain, devant le Nigéria –, donnait des signes clairs d’essoufflement avec la chute des cours du brut. Après une croissance du PIB estimée à 15 % pour 2008, le Fonds monétaire international (FMI) prévoyait, en mars 2009, une baisse de 3,5 % pour l’année en cours, et le gouvernement était contraint, en janvier 2009, de revoir à la baisse ses dépenses publiques et de reporter certains grands travaux.

Dans l’enclave de Cabinda, malgré un accord de façade signé en août 2006, la situation demeurait très tendue, les Forces de libération de l’enclave de Cabinda (FLEC) n’ayant pas déposé les armes, et le gouvernement appliquant surtout une politique sécuritaire très stricte, au mépris du respect des droits de l’homme. Le fait que le MPLA y ait obtenu son plus « mauvais » score aux élections (62,7 % des suffrages), et l’Unita, son meilleur (31,3 %), était un indice clair, dans l’enclave, du mécontentement populaire à l’encontre du régime.

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