Algérie 2010-2011  

Akram Belkaïd 
Mise en ligne : septembre 2011

Manœuvres politiques

Début janvier 2011, l’Algérie a connu d’importantes émeutes provoquées par l’augmentation des prix de nombreuses denrées alimentaires de première nécessité (pain, huile, semoule, farine et sucre). Dans plusieurs villes du pays, les manifestants, des jeunes pour la plupart, s’en sont pris aux forces de l’ordre mais aussi aux activités économiques et commerciales, nombre d’établissements ayant été détruits ou pillés. Mais, contrairement à ce qui s’est passé en Tunisie puis en Égypte, ces émeutes (dont le bilan officieux était de 10 morts et de plusieurs centaines de blessés) n’ont pas débouché ni sur la chute ni sur une remise en cause majeure du régime du président Abdelaziz Bouteflika. Dès la mi-janvier 2011, le pouvoir algérien a ouvert les vannes de la rente pétrolière pour calmer les manifestants et acheter la paix sociale. C’est ainsi que près de 30 milliards de dollars de subventions en tous genres ont été consenties à la population. De même, le gouvernement s’est engagé à procéder à de nombreuses augmentations de salaires, souvent rétroactives sur une période d’une à deux années, au bénéficie des fonctionnaires, parmi lesquels les membres des forces de l’ordre.

Pour autant, une partie de l’opposition algérienne, menée par le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et regroupée au sein de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD), a tenté de prendre appui sur la dynamique initiée par le « printemps arabe » afin d’obtenir des réformes politiques. La CNCD, soutenue par des organisations professionnelles et syndicales, a tenté d’organiser chaque samedi des manifestations à Alger. Elle s’et heurtée, chaque fois, à la présence de forces de police importantes qui ont empêché les manifestants de marcher dans les rues de la capitale et ont procédé à de nombreuses arrestations. Face à cette pression politique, mais soucieux de ne pas avoir l’air de refuser la moindre concession, le pouvoir algérien a décidé que l’état d’urgence en vigueur depuis le 9 février 1992 serait levé le 24 février 2011. Néanmoins, il a maintenu l’interdiction de manifester à Alger et n’a accordé les autorisations de meetings dans des salles qu’au compte-gouttes.

Les quelques gestes d’ouverture consentis par le pouvoir n’ayant pas suffi à calmer la contestation politique, corporatiste et sociale – l’Algérie a enregistré près de 400 conflits sociaux au cours des quatre premiers mois de 2011 –, le président Bouteflika a admis le 15 avril dans un discours télévisé la nécessité de relancer les réformes. Parmi les mesures annoncées figuraient entre autres : la garantie de l’accès de l’opposition à la télévision publique (il n’existe pas de chaînes télévisées privées en Algérie, l’État détenant un monopole sur l’audiovisuel) ; une possible réforme de la Constitution pour limiter le nombre de mandats présidentiels (une disposition similaire avait été abrogée pour permettre à A. Bouteflika de se représenter en 2009) ; une réforme électorale et l’ouverture de consultations avec les partis politiques. Fraîchement accueillies par l’opposition qui y a vu une nouvelle manœuvre dilatoire pour maintenir le statu quo, ces propositions ont fait l’objet de discussions entre une partie de la classe politique algérienne et le pouvoir. Ces « consultations » devaient déboucher, dès septembre 2011, sur la mise en place d’un calendrier de réformes politiques qui seraient avalisées par les électeurs algériens.

Ces consultations autour des réformes politiques n’ont pas empêché les grandes manœuvres de se poursuivre dans la perspective de l’élection présidentielle de 2014. Si nombre d’Algériens étaient persuadés qu’Abdelaziz Bouteflika ne se représenterait pas, notamment en raison de ses problèmes de santé, ils s’interrogeaient sur le nom de son successeur. Parmi les candidats plus ou moins déclarés se trouvaient le Premier ministre Ahmed Ouyahia et le secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), Abdelaziz Belkhadem. À l’inverse, la candidature de Saïd Bouteflika, l’un des frères du président algérien, semblait compromise du fait de l’opposition d’une partie des officiers supérieurs.

Enfin, et toujours sur le plan intérieur, le pouvoir algérien a engagé des discussions plus ou moins officieuses avec des représentants de l’ex-Front islamique du salut (FIS, interdit depuis 1992) afin d’amnistier ses membres encore emprisonnés et de leur offrir la possibilité de se regrouper dans un nouveau parti politique. Cette potentielle réhabilitation du principal courant islamiste algérien a indigné les associations algériennes de lutte contre le terrorisme et de soutien à ses victimes.

Sur le plan international, l’Algérie n’a pas reconnu le Conseil national de transition libyen (CNT) et n’a pas appelé au départ de Mouammar Kadhafi. Cette position lui a valu d’être accusée à plusieurs reprises par des insurgés libyens de soutenir financièrement et militairement le régime de Tripoli. Des accusations rejetées par le Premier ministre A. Ouyahia, qui a expliqué que son pays s’en tenait au principe de non-ingérence tout en mettant en garde contre le fait qu’Al-Qaeda au Maghreb islamique (AQMI) pourrait profiter du chaos libyen pour mettre la main sur d’importants stocks d’armes et déstabiliser toute l’Afrique du Nord. Par ailleurs, les autorités algériennes ont réitéré leur refus d’autoriser la réouverture de la frontière terrestre avec le Maroc, malgré plusieurs appels insistants de la part du roi Mohammed VI et de son gouvernement. Enfin, la diplomatie algérienne a poursuivi ses négociations avec l’Union européenne (UE) pour reporter l’entrée en vigueur du démantèlement tarifaire, prévu par l’Accord d’association qui lie l’Algérie à l’UE depuis 2005. Le gouvernement souhaitait en effet que cette baisse des droits de douane soit reportée de 2017 à 2020 afin de donner la possibilité à l’industrie algérienne de mieux se préparer à cette ouverture. Depuis 2008, les autorités algériennes ne cessent de dénoncer le flagrant déséquilibre des échanges commerciaux en faveur de l’UE.

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