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L’événement majeur de l’année 2008-2009 en Afrique du Sud a été le changement intervenu à la tête de l’État. Le président Thabo Mbeki a en effet démissionné de ses fonctions le 21 septembre 2008, avant le terme de son mandat fixé à avril 2009. Dans le respect de la Constitution et conformément aux règles de succession internes au Congrès national africain (ANC), Kgalema Motlanthe, secrétaire général (1997-2007) puis président adjoint du parti et figure importante du syndicalisme sud-africain, assura l’intérim.
Confié à un homme ayant su se tenir à égale distance de T. Mbeki, président sortant, et de Jacob Zuma, nouveau président de l’ANC et candidat officiel du parti à l’élection présidentielle de 2009, cet intérim n’en entraîna pas moins un large remaniement ministériel. On vit ainsi les départs de partisans mbekistes, dont la ministre de la Santé Manto Tshabalala-Msimang, honnie du corps médical et des associations de lutte contre le sida, le ministre de la Défense Mosiuoa Lekota ou encore la vice-présidente Phumzile Mlambo-Ngcuka. Baleka Mbete, ancienne présidente du Parlement et fidèle de J. Zuma, fut nommée à la vice-présidence.
Ces six mois de transition au sommet de l’État permirent toutefois d’éviter les déchirements au sommet de l’exécutif, et, pour le clan Zuma, de mettre hors d’état de nuire les partisans mbekistes avant même l’accession de leur candidat au pouvoir suprême. Avec l’abandon, le 6 avril 2009, des chefs d’inculpation pour corruption pesant sur lui depuis plusieurs années, J. Zuma vit la voie de la présidence s’ouvrir définitivement devant lui. De fait, le 22 avril, l’ANC, dont il conduisait la liste, obtenait près de 66 % des voix et 264 députés et, le 6 mai, il était élu chef de l’État par le Parlement, par 277 voix contre 47 au dissident Mvume Dandala.
Cette période a vu se produire plusieurs tentatives de recompositions politiques à commencer par la création du Congress of the People (COPE), à l’initiative de deux poids lourds de l’ANC proches de T. Mbeki, Mosiuoa Lekota et Mbaziwa Shilowa, à la tête du Gauteng (province de Johannesburg-Prétoria). Fondé en décembre 2008, le COPE provoqua la défection de centaines de membres de l’ANC, cadres et militants, rassemblés autour d’un mot d’ordre anticorruption plus que d’une orientation politique spécifique. Avec 7,4 % des voix aux élections législatives, le nouveau parti ne réussit pas à atteindre son objectif (10 % des suffrages), mais il contribua à priver l’ANC de la majorité des deux tiers au Parlement, majorité qui lui aurait permis de modifier la Constitution sans alliance avec l’opposition.
L’Alliance démocratique (DA), dirigée par la maire du Cap, Helen Zille, demeurait la principale force d’opposition (en progression de 12,4 % à 16,7 % entre 2004 et 2009) autour d’un programme économique de tradition néolibérale et d’une forte implantation régionale dans le Western Cape, seule province où l’ANC fut mis en échec. Avec la création du COPE, la progression de DA et l’effondrement des petits partis dont les Démocrates indépendants (ID) dans le Western Cape et l’Inkatha Freedom Party (IFP) dans le Kwazulu-Natal, les élections de 2009 furent un tournant de l’ère post-apartheid. Notons aussi que les Sud-Africains de l’étranger votèrent pour la première fois. Autant de signes d’une véritable ouverture pluraliste à un moment où la toute-puissance de l’ANC faisait craindre une dérive de parti unique.
Le contrôle sur les sorties de capitaux et la régulation stricte du système bancaire épargnèrent jusqu’ici à l’Afrique du Sud les conséquences de la crise internationale. Malgré une politique économique orthodoxe, l’inflation n’était pas domptée (13 % en glissement annuel en septembre 2008) et le rand demeurait, volontairement, une des monnaies les plus volatiles, le gouvernement l’utilisant comme moyen d’absorber les chocs économiques. La croissance sud-africaine connut donc un fort ralentissement et, après les bonnes performances de 2006 et 2007, passera en dessous des 4 % en 2008 et 2009. Malgré cela, les finances publiques, toujours excédentaires en 2008, permirent de réduire encore la dette publique. Enfin le pays connut un fort accroissement de l’aide publique au développement bi- et multilatérale depuis 2004 même si sa part demeurait très limitée par rapport au PIB (0,5 %).
L’emploi, l’éducation et la santé demeuraient des secteurs prioritaires de développement et la création d’un super ministère du Plan dirigé par le très respecté Trevor Manuel sous la présidence de J. Zuma était un signe d’une volonté de replacer l’État sud-africain au cœur du projet développementiste. Bien qu’en baisse depuis 2002 (de 30 % à 23 %, officiellement), le chômage pourrait connaître une remontée liée au ralentissement de l’exploitation des matières premières et du bâtiment touchant les couches les plus précaires de main-d’œuvre (femmes et migrants étrangers dominant le secteur de la sous-traitance).
L’enseignement supérieur était confronté aux défis de l’instruction de masse dans le cadre de la réforme du baccalauréat sud-africain en 2008, qui avait abouti à une augmentation peu préparée d’environ 25 % des inscriptions en première année dans la plupart des grandes universités du pays. Dans ce contexte et faute d’une position innovante en matière migratoire, le déficit de compétences (1,2 million de postes non pourvus) affirmé dans le plan JIPSA (Initiative conjointe pour l’acquisition de compétences prioritaires) continua de se creuser tandis que des secteurs comme la santé, le bâtiment ou l’industrie manquaient toujours cruellement de personnels techniques et d’encadrement.
Malgré l’arrivée au gouvernement du chef de l’opposition zimbabwéenne Morgan Tsvangirai, suite aux élections très controversées de 2008, la crise socioéconomique zimbabwéenne s’était aggravée, accélérant l’afflux de réfugiés économiques et politiques. Les interventions de T. Mbeki puis de J. Zuma ne semblaient pas avoir réussi à infléchir la position de Robert Mugabe et de son clan, qui refusaient obstinément de quitter le pouvoir.
Cette situation confronta les pouvoirs publics à une crise humanitaire à laquelle ils n’avaient jusqu’ici réagi que par la force. Les expulsions massives, au mépris de la législation sur l’asile, s’intensifièrent au rythme d’environ 10 000 à 12 000 par mois. L’absence de plan d’urgence, le démantèlement de l’accueil à la frontière nord et la discrimination dans l’accès aux services d’urgence et de base précarisèrent ces populations retranchées dans l’illégalité, qui suscitaient une animosité grandissante des populations locales. La situation avait déjà dérapé en centre-ville de Johannesburg en mars 2009 ainsi que dans le township de Diepsloot, en avril.
L’annonce de l’octroi d’un visa temporaire donnant accès au marché du travail pour les Zimbabwéens, deux semaines avant les élections d’avril 2009, avait d’ores et déjà eu pour conséquence un nouvel afflux important à la frontière nord.
Se plaçant sur une ligne légaliste, l’Afrique du Sud avait, comme les dirigeants de l’Union africaine (UA) et de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), condamné les coups d’État mauritanien, guinéen et malgache. Ces prises de position confirmaient cependant l’incapacité des États africains et de la communauté internationale à prévenir les crises et enrayer les dérives autoritaires. La mise en œuvre des recommandations du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP), dans lequel l’Afrique du Sud entendait jouer un rôle moteur, fut décevante, particulièrement sur les questions de corruption et de prévention de la xénophobie.
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