Afrique du Sud 2010-2011  

Aurelia Segatti 
Mise en ligne : septembre 2011

Progrès sociaux mais corruption rampante

Progrès sociaux

Rendez-vous à mi-parcours du mandat présidentiel et parlementaire, le conseil général national du Congrès national africain (ANC, parti au pouvoir) qui s’est tenu en septembre 2010 fut l’occasion d’annoncer l’introduction historique (et unique en Afrique) d’un plan national de sécurité sociale doublé d’une revitalisation du système de santé public pour atteindre les objectifs de couverture universelle et de réduction des inégalités. Avec une mise en place envisagée sur quatorze ans à partir de 2012, ce plan devrait coûter 376 milliards de rands (40 milliards d’euros) par an lorsqu’il aura atteint sa vitesse de croisière en 2025.

Le programme budgétaire 2011-2012 annoncé par Pravin Gordhan, ministre des Finances, a été placé sous le signe combiné de la consolidation fiscale et de la création d’emplois. Apprécié tant par les syndicats que par le patronat, le successeur de Trevor Manuel entendait créer une allocation pour les jeunes destinée à la création d’emplois, relayant ainsi l’annonce faite par le président Jacob Zuma dans son discours à la nation de la création de 5 millions d’emplois de qualité en dix ans. Cette allocation visait l’abaissement du taux de chômage des jeunes (18-29 ans), estimé en 2010 à 42 %.

Agitation au sein de l’ANC

La scène politique a été largement occupée par les gesticulations populistes du leader de la Ligue des jeunes de l’ANC, Julius Malema, dont les déclarations tonitruantes sur la nationalisation des mines et des terres ont attisé la curiosité des médias. Partisan de J. Zuma, qu’il a soutenu dans sa campagne présidentielle, J. Malema était en procès, en avril 2011, pour incitation à la haine raciale à travers l’utilisation répétée d’un chant politique appelant à « tuer les Boers ». Si son style de vie luxueux et ses attaques contre la presse relevaient le plus souvent de la caricature, ses thèmes politiques favoris ont régulièrement nécessité des recadrages de la part de la direction du parti et du gouvernement, inquiets de son influence sur l’image extérieure du pays. Le Conseil de discipline de l’ANC l’a d’ailleurs condamné le 12 mai 2011 à des excuses publiques et à une amende de 10 000 rands, le sommant à cette occasion de faire preuve de plus de retenue et de respect.

Révélatrice des dissensions internes à l’ANC, une nouvelle affaire de complot contre le chef de l’État a atteint encore une fois Tokyo Sexwale, ministre du Logement. Serpent de mer électoral, les affaires de complot impliquaient régulièrement les rivaux potentiels de J. Zuma. Une enquête devait être lancée pour faire la lumière sur la véracité des accusations proférées entre ministres en exercice. Plus graves étaient les affaires de corruption et autres scandales impliquant des membres du gouvernement. Le ministre du Gouvernement local, Sicelo Shiceka, a été mis en cause par la presse pour différents abus de biens sociaux et détournements de fonds publics. Le président Zuma a indiqué que les accusations étaient suffisamment graves pour qu’une enquête soit ouverte mais sans demander à l’intéressé de démissionner ou même de clarifier les raisons de son congé maladie. De même, suite à la condamnation pour trafic de drogues de Sheryl Cwele, femme du ministre de la Sécurité nationale, la révocation du ministre n’a pas été envisagée. On parlait enfin d’une réouverture possible du procès sur les ventes d’armes qui avait impliqué J. Zuma en 2008, mais cette fois pour d’autres membres du gouvernement de l’époque. Il revenait au président de trancher sur son ouverture.

Les élections locales de mai 2011 se sont préparées sans enjeu national majeur étant donné l’hégémonie de l’ANC, mais dans un contexte de contestation de sa légitimité historique par le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA). Essentiellement présent dans la province du Cap occidental, ce parti a annoncé vouloir entamer de nombreux fiefs ANC dans la région de Johannesburg, Prétoria et Nelson Mandela Bay (Port Elizabeth). Au total, l’ANC a effectivement reculé sur le plan national, avec 63,65 % des voix contre 65,3 % en 2006. Au Cap occidental, la DA a progressé de 18 points et remporté la province avec 57 % tandis que l’ANC y a perdu 6 points, tombant à 34 %. Dans le Gauteng, bien que l’ANC ait conservé sa domination avec 60 % des voix, la DA a progressé de 7 %. De manière générale, la progression de la DA, déjà annoncée par la présidentielle de 2009, s’est confirmée et consolidée : elle a clairement bénéficié de l’augmentation considérable de la participation (+ 10 points par rapport à 2006, avec 57,6 %). La multiplication des manifestations locales, souvent violentes, de communautés pauvres exaspérées par l’inefficacité des gouvernements locaux témoignait autant de l’effritement de la base politique du parti que de la vigilance exacerbée de l’électorat. Les réponses disproportionnées de la police à ces manifestations ont abouti à des affrontements et même à un homicide involontaire, mettant en cause la formation des nouveaux policiers dans un pays obsédé par la lutte contre la criminalité.

Reprise économique

Après trois ans de récession, l’économie sud-africaine s’est redressée en 2010 avec une croissance de 2,3 %, toutefois en deçà de ce qui était annoncé. L’inflation, repassée sous les 6 % début 2011, semblait jugulée.

Les grands travaux routiers liés au programme gouvernemental entamé en 2007 et à la Coupe du monde de football de 2010 étaient en phase d’achèvement en 2011. Ils ont rénové et étendu le réseau national et les axes urbains. Alors que le train rapide destiné à désengorger l’axe routier Johannesburg-Prétoria est entré en activité en juin 2011, et qu’un nouveau câble de fibre optique a atteint l’Afrique du Sud en avril 2011 pour augmenter de 23 % la capacité d’accès de l’Afrique à Internet, le pays souffrait toujours de problèmes structurels d’approvisionnement en électricité qui entraînaient des restrictions et des coupures dans les grandes villes.

La grève de la fonction publique en août 2010 a paralysé le pays pendant un mois. Elle a refait surface en mai 2011 sur des motifs non résolus liés à la couverture sociale. Bien que de plus en plus régulièrement sous tension, la « Triple Alliance » entre ANC, syndicats et Parti communiste résistait malgré tout depuis plus de quinze ans.

Une présence affirmée sur la scène diplomatique

L’Afrique du Sud est devenue un membre à part entière du bloc de pays émergents « BRIC » (Brésil, Russie, Inde, Chine), devenu de ce fait BRICS en 2010, et a participé à son premier sommet en avril 2011. Apportant un marché de plusieurs millions d’Africains, l’Afrique du Sud allait cependant avoir bien du mal à s’affirmer dans cette alliance tant les déséquilibres démographiques et économiques avec ses partenaires étaient creusés.

Après avoir obtenu un siège non permanent (deux ans) au Conseil de sécurité des Nations unies en octobre 2010, Prétoria a beaucoup surpris en s’alignant sur les positions chinoise et russe sur le Myanmar en dépit de l’engagement fort de la République pour les droits de l’homme, et en adoptant des positions très conservatrices sur la Côte-d’Ivoire (reconnaissance tardive de la victoire d’Alassane Ouattara) et la Libye (non-interventionnisme).

La médiation sud-africaine en Côte-d’Ivoire, s’inscrivant sous le mandat de l’Union africaine (UA), s’est montrée inefficace et a surtout donné l’impression que le pays se rangeait derrière les hommes forts, comme dans le cas du Zimbabwéen Robert Mugabe, jamais condamné par les administrations Mbeki et Zuma.

La présence durable de centaines de milliers de Zimbabwéens en situation irrégulière en Afrique du Sud a finalement conduit le gouvernement à chercher un accord avec le pays voisin afin d’organiser leur régularisation. Après des annonces alarmistes parlant de 1,5 à 3 millions de Zimbabwéens, seuls 255 000 d’entre eux ont pu déposer une demande en décembre 2010. L’Afrique du Sud prévoyait toutefois de reprendre les expulsions systématiques en août 2011.

Pour avoir accès à 30 ans d'analyses et de données (statistiques, cartes, chronologies, etc.) sur ce pays et sur bien d'autres questions nationales et internationales, abonnez-vous à l'Encyclopédie de l'état du monde.