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La stratégie des talibans a évolué tout au long de leur guerre contre les troupes de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), déclenchée après les attentats du 11 septembre 2001. Il leur aura fallu attendre l’année 2007 pour comprendre l’échec évident de leur stratégie, leurs opérations ne leur permettant plus de marquer des points.
À partir de 2008, pour la première fois, ils se sont efforcés de couper les lignes de ravitaillement des troupes américaines et alliées et de planifier des opérations contre des cibles de haut niveau. Ces deux méthodes leur ont permis de créer un « moment psychologique » en leur faveur, contraignant les États-Unis à envisager une stratégie alternative : créer les conditions permettant à la région de survivre à un retrait des troupes occidentales au lieu de chercher à vaincre militairement les talibans.
Ces derniers ont bien compris le changement introduit par la technologie supérieure grâce à laquelle les Américains parvinrent à contenir les attaques à la bombe de la résistance, jusque-là très efficaces. En l’absence d’équipement militaire sophistiqué, les offensives talibanes ne pouvaient que se solder par de très lourdes pertes pour les assaillants. Environ 80 % de l’équipement militaire de l’OTAN arrivaient par le port de Karachi et franchissaient ensuite la passe de Khyber, reliant le Pakistan à l’Afghanistan à plus de 1 000 m d’altitude. Rares jusqu’en janvier 2008, les attaques contre les convois de l’OTAN devinrent alors permanentes. Au point que les Américains durent concevoir une route alternative via la Russie et l’Asie centrale – il faudrait même demander à l’Iran d’autoriser le passage de ravitaillement non militaire par le port de Chabahar.
Le monde découvrit la nouvelle stratégie talibane le 14 janvier 2008 quand trois hommes déguisés en policiers firent diversion tandis qu’un quatrième entrait dans le luxueux hôtel Serena de Kaboul et s’y faisait exploser. Une voiture piégée explosa ensuite à l’extérieur et les terroristes se mirent à tirer dans l’entrée, faisant six morts, dont le journaliste norvégien Carsten Thomassen. Ce fut la première attaque ciblée des talibans, sur le modèle des guérilleros du Cachemire qui, entraînés par les services secrets pakistanais de l’Inter-Services Intelligence (ISI), s’attaquaient à des personnalités indiennes à la fin des années 1990. Ce genre d’attaques se produisit tout au long de 2008. Le 27 avril, en pleine cérémonie anniversaire de la prise de Kaboul en 1992, alors que l’hymne national retentissait, des armes automatiques commencèrent à tirer sur la foule. Trois personnes perdirent la vie.
La libération audacieuse des prisonniers de Kandahar, en juin, et l’attaque contre l’ambassade indienne à Kaboul, en juillet, vinrent confirmer la remontée en puissance des talibans, qui n’avaient pas autant gagné en crédibilité en occupant une partie importante des provinces afghanes en 2006 et 2007. Ils démontrèrent du même coup les failles des stratégies américaines, créant une incertitude au sein de l’establishment de Washington et forçant la nouvelle administration Obama à changer de cheval au milieu du gué.
La prise de conscience très tardive de la faillite de la stratégie américaine a provoqué une grande nervosité au sein du pouvoir à Washington, après sept années de guerre dont la facture dépassait déjà 212 milliards $. D’où l’ouverture subite en Arabie saoudite, en octobre 2008, d’un processus de négociations avec des militants que Washington qualifiait jusque-là d’infréquentables, dont l’ex-Premier ministre et allié des talibans Gulbuddin Hekmatyar. Son ancien lieutenant, Daoud Abedi, a confirmé l’existence de ces tractations.
Au printemps 2009, la nouvelle administration américaine semblait considérer celles-ci comme partie intégrante d’un plan, pouvant faciliter, à terme, le retrait de ses troupes d’Afghanistan. Cette approche n’avait cependant pas encore de bases claires, et les décisions restaient encore à prendre. Alors même que Washington envoyait 17 000 soldats supplémentaires en Afghanistan, l’ambiguïté demeurait quant aux objectifs des troupes de l’OTAN. Et la nouvelle stratégie américaine paraissait élaborée à la hâte, en réaction à la percée des talibans en 2008.
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