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La transition vers une solution politique se précisait en Afghanistan mais combien de temps durerait-elle ? Entre juillet 2010 et juillet 2011, l’OTAN et le gouvernement afghan ont hâté le processus de sortie de crise, clarifiant notamment le scénario d’un désengagement de la coalition internationale. Pour autant, l’horizon paraissait bouché à court terme, aucun compromis ne s’esquissant avec l’insurrection des talibans. Le pari du « surge » (renforts de troupes) décrété fin 2009 par Barack Obama était d’affaiblir la rébellion afin de négocier en position de force un règlement politique conservant l’essentiel des acquis démocratiques post-2001. L’arrivée de ces 30 000 hommes supplémentaires – portant l’effectif global des troupes américaines à près de 100 000 hommes sur le total de 150 000 de la coalition – a en effet infléchi le rapport des forces militaires dès le printemps 2010. De grandes offensives lancées au cœur des bastions insurgés du Sud pachtoune ont infligé des revers aux talibans. Si les militaires américains se sont félicités de ces succès, ils ont toutefois admis que ces « gains » demeurent « fragiles » et « réversibles ».
En complément de cette pression militaire, la communauté internationale cherchait à faire émerger un État afghan pleinement souverain, apte à piloter la future solution politique. La conférence internationale de Kaboul de juillet 2010 a ainsi entériné le scénario d’un transfert des missions de sécurité de l’OTAN aux forces afghanes à l’échéance de 2014. Le processus devait être lancé dès l’été 2011, parallèlement au début du (timide) retrait des troupes américaines. Le président afghan Hamid Karzaï a rendu publique la liste des zones – les trois provinces de Kaboul (hors district de Surobi), du Panchir et du Bamiyan et les quatre villes de Mazar-e-Charif, Mehterlam, Lashkar-Gah et Herat – où les forces afghanes commenceraient à assumer seules les responsabilités. Dans cette perspective, l’OTAN a intensifié ses efforts de formation de l’armée et de la police, dont les effectifs globaux sont passés début 2011 à 260 000 hommes – soit une augmentation d’un tiers en un an.
Mais, face à ce plan bien établi, les défis demeuraient immenses. En premier lieu, le président Karzaï restait un partenaire problématique. Alors que l’incurie et la corruption de son régime nourrissaient largement l’insurrection, aucun progrès significatif n’est venu redresser les dérives. Au contraire, l’épisode des élections législatives controversées de septembre 2010 a montré que H. Karzaï ne reculait devant aucune manœuvre pour s’accrocher au pouvoir. Aussi sa relation avec les États-Unis s’est-elle considérablement dégradée, et il n’hésitait d’ailleurs pas à cultiver l’antiaméricanisme pour rehausser une popularité défaillante, exploitant en particulier la légitime émotion que suscitaient au sein de l’opinion les victimes civiles des raids de l’OTAN.
Deuxième hypothèque : les talibans ne semblaient guère pressés d’entamer le dialogue. Ils ont ignoré la perche tendue par le Haut Conseil pour la paix installé par H. Karzaï à l’automne 2010 pour promouvoir la réconciliation. Le début du retrait militaire américain, qu’ils interprétaient comme un signe de faiblesse de Washington, les confirmait dans l’option de la lutte armée. S’ils ont subi des reculs dans leurs places fortes du Sud pachtoune, ils ont intensifié leur guérilla dans l’Est, opéré des percées dans le Nord à majorité non pachtoune et multiplié les attentats très meurtriers dans les centres urbains contre l’armée et la police afghanes. Leur objectif était clairement de faire dérailler le processus de transition mis en place par l’OTAN.
Enfin, troisième difficulté, le Pakistan pourrait devenir un acteur de plus en plus récalcitrant. Les tensions n’ont cessé de s’exacerber avec Washington, en raison notamment de la tolérance d’Islamabad à l’égard des sanctuaires insurgés établis dans les Zones tribales pakistanaises. Les Américains s’irritaient de plus en plus ostensiblement du « double jeu » des services secrets pakistanais (ISI). Une telle défiance explique que le raid des Navy Seals ayant éliminé début mai 2011 Oussama Ben Laden dans son repaire d’Abbottabad (Pakistan) ait été mené à l’insu des Pakistanais. L’épisode a provoqué une crise ouverte entre les deux pays – pourtant officiellement alliés –, turbulences dont les talibans afghans pourraient être les grands bénéficiaires. La fin de partie afghane n’était donc pas toute proche.
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